Lundi 16 août, je décide de quitter la route principale et ses interminables lignes droites, pour emprunter une route moins fréquentée. Cette dernière me fait réaliser un détour de plus de soixante kilomètres. Les distances n'ont rien à voir avec la France. Deux villes voisines peuvent être séparées de plus d'une centaine  de kilomètres. Si l'état de la chaussée de la M10 laisse à désirer, celui des routes secondaires est encore plus dégradé ... quand il reste un revêtement !

Plus je m'avance dans les terres, plus il fait chaud. Le thermomètre indique jusqu'à 38 degrés à l'ombre, un autre en plein soleil dépasse les 45 degrés. Pour ne pas me déshydrater, je consomme presque autant que mon ancien Combi VW, 10L aux 100km. Je profite de la fraîcheur des nombreux lacs et étangs ainsi que de l'ombre des arbres pour me rafraîchir.

Dans les villages traversés, toutes les maisons ont une architecture commune. La majorité d'entre elles tiennent encore debout par on ne sait quel miracle, mais certaines sont entretenues et décorées avec soin. Par contre, il n'y a pas d'eau courante, chacun se déplace pour aller chercher l'eau à la pompe manuelle du village.

Pas de camping ni d'hôtel dans la campagne russe. Pendant une semaine, tous les soirs, je déniche un petit coin à l'abri des regards indiscrets dans un champ d'herbes folles. Ma tenue de combat anti-moustique est efficace. Je dénombre plus de pertes dans leurs effectifs que de piqures sur ma peau. Je n'ose pas me ravitailler en eau à la pompe d'un village. Je me lave donc à l'eau minérale. Par trois fois, je ne trouve que de l'eau pétillante. D'une efficacité redoutable pour la douche, plus besoin de frotter, il n'y a qu'à laisser agir.

Mercredi 18 août, je m'arrête pour manger dans une petite gargote au bord de la route. Robert, d'origine arménienne, m'offre le thé et je partage son repas. Ensuite, il me montre son activité principale. Des poissons bougent dans une baignoire au fond du jardin. Il les vident et les fument dans son atelier. Puis il me fait visiter sa maison, en construction. Sur son téléphone portable, il me montre des photos de ses enfants. Non, je ne suis pas intéressé par sa fille aînée. C'est que je me marie dans 10 jours, maintenant. A 13 heures, il veut déjà que je reste pour dormir, mais je ne fais que commencer ma journée de vélo.

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